Un Octobre Rose à Bellevue

En 2017, dans le cadre de la traditionnelle mobilisation annuelle Octobre rose,

la Ligue contre le cancer est venue dialoguer avec les habitantes du quartier Bellevue. De quelles informations disposent-elles ? Accordent-elles assez de temps au soin d'elles-mêmes ? C'était l'occasion de poser les questions qu'on a gardées pour soi et d'y obtenir des réponses claires.

La première rencontre se déroulait à l'association Regart's, avec des femmes adultes de tous âges. D'emblée, une question a surgi, qui reviendrait à chaque débat, et qu'on ne peut décidément pas ignorer : la mammographie effraie, parce que le geste est ressenti comme agressif, et parce que certaines femmes éprouvent de la douleur. La négation systématique et sans réponse de la douleur des femmes ("Non, ça ne fait pas mal !") ne suffit pas à rassurer. Le fait est que le geste est embarrassant et la gêne des femmes à ce qu'un.e inconnu.e manipule une partie de leur anatomie intime, paralysante. Le personnel soignant ne dispose pas du droit de la ridiculiser. Et leur appréhension éloigne des femmes d'honorer leurs rendez-vous de prévention, pourtant indispensables. Oui, il est possible de la confier au/à la radiographe, de l'inciter à plus de douceur et de considération. Et, en cas de refus total d'écouter, de changer de praticien.ne. Les femmes doivent s'en convaincre pour s'engager dans la démarche de prévention en toute sérénité, sachant que leur dignité sera préservée. Le seuil de douleur atteint n'a pas été questionné  : comment peut-on alors affirmer qu'il reste toujours bénin? Cette assurance injustifiée permet de ne pas s'interroger sur les causes que pourrait avoir une douleur. Soumis.es à l'opposition, les soignant.es changeront leurs comportements. Les campagnes de prévention du cancer du sein trouveront des oreilles plus attentives.

La rencontre à la médiathèque Lisa Bresner rassemblait des femmes dans la tranche d'âge, de 50 à 74 ans, dans laquelle une mammographie tous les deux ans devient vivement recommandée. L'une d'entre elles avait dépassé la limite supérieure, mais continuait à se rendre à l'examen. Elle raconta avoir accompagné son époux lors d'un cancer fatal; ce souvenir la rendait particulièrement prudente. La connaissance du problème incite en effet à s'en méfier. Mais l'existence d'un cancer du sein chez la mère panique leurs filles. Ne pas souhaiter savoir ce qu'il en est de soi-même peut être la réaction à cette frayeur. Pourtant, rappelle les militantes de la Ligue, l'hérédité est le facteur qui expose le plus au risque du cancer. Faire de l'exercice et manger sainement représentent une protection efficace, ajoutent-elles. Cet argument porte peu auprès des participantes, que leur éducation a peu préparées à l'hygiène de vie quotidienne. Deux d'entre elles n'ont jamais fait de mammographie de contrôle; elles l'avouent avec un certain embarras. Se soucier si peu de soi, est-ce bien raisonnable ? Les réunions avec la Ligue, dont les animatrices informent et expliquent, devraient lever le brouillard qui plane encore sur le processus de la prévention. Quand ? Où ? Comment ? Par qui passer ? Quel en sera le prix ? Les réponses à ces questions basiques ne sont pas encore limpides pour tout le monde.

Les jeunes filles, jeunes femmes, réunies à Style Alpaga, ont entre 13 et 28 ans. Pour elles, la prévention systématique du cancer du sein appartient à un avenir lointain. Elle les intéresse cependant, ne serait-ce que parce qu'elle leur permet de transmettre les consignes à des membres de leur entourage atteignant l'âge concerné et ne disposant pas toujours des informations utiles. La prévention du cancer du col de l'utérus les concerne directement. Mais qu'est-ce donc ? Le sujet n'est pas aisé à aborder. La connaissance de leur anatomie reste floue, sauf si elle leur a été transmise par leurs parents, ce qui est rare. Le sujet des règles finit par apparaître. Pourquoi les règles, expérience peu plaisante pour toutes, peuvent-elles être douloureuses ? Comme on l'a entendu à propos de la mammographie, il y a là une douleur qui n'ose pas se dire, comme une démonstration d'une tendance à "s'écouter", qu'on préfère parfois taire parce qu'on sait qu'elle sera mal entendue. Alors que derrière des règles douloureuses, se cachent souvent des dysfonctionnements qu'il faut connaître pour traiter. L'acceptation silencieuse à laquelle sont soumises tant de femmes est néfaste à leur santé physique, aussi.