Mon beau quartier…

La place des Lauriers, à Bellevue, va subir la démolition début 2019. Raison de plus pour lui donner, comme tous les ans, un air de fête et de riches couleurs pour célébrer la fin de l'année. L'association Arlène et ses adhérents s'y sont employées. Toutes celles et ceux qui en ressentaient le désir pouvaient se joindre à l'atelier. Tout en travaillant, on discutait de l'espace public, l'usage que les femmes pouvaient ou non en faire, et les transformations qui y égaieraient la vie. 

Dans les ateliers où l'on prépare Festinoël, on récupère et on recycle les matériaux voués à disparaître comme désormais inutiles. La mise au rebut concerne aussi les personnes dans l'espace public : "C'est plus un ressenti. Les personnes sont de plus en plus livrées à elles-mêmes. Je sens une tension qui fait que je n'ai pas envie de circuler." "Rien n'est fait pour que les gens se rencontrent. Ce sont plus des lieux de passage. Peut-être qu'on s'arrange aussi pour que les gens ne discutent pas. On pourrait avoir des idées, on pourrait réfléchir. Et ça, c'est peut-être dangereux. À un arrêt de tram à Haluchère, ils ont installé des piquets pour que les gens ne s'installent pas, je trouve ça mesquin, triste, déshumanisé." "Quand tu vas au café, tu te mets avec les gens avec qui tu es venu·e. Il n'y a pas d'espace où tu puisses rencontrer des personnes. Il y a une telle peur de l'autre qui s'est installée que je ne sais pas si ça serait possible." "À Malakoff, il y a quand même un lieu qui invite au rassemblement. Ils ont installé des tables et des bancs, il y a de la verdure." "Ça serait bien d'installer des toilettes dans l'espace public. Aussi, on en a marre de voir les hommes le faire contre les murs. Il faudrait installer des lieux pour se rencontrer."

Il y avait un événement à fêter avant Noël : les 50 ans du lycée Debussy, derrière la place des Lauriers, un établissement dont les parents, voir les grand-parents des élèves ont déjà usé les bancs entre 1968 et 2018. Les collégien·es d'aujourd'hui ont individuellement décrit comment elles/ils se voyaient dans cinquante ans. Leurs intuitions, vœux, espérances, ont été consignés dans une boîte fermée. Et la boîte enterrée avec l'arbre encore jeune planté dans la cour. Aux élèves du futur de la sortir de terre dans cinquante ans. Les garçons se sont précipités pour participer à l'enfouissement. Les filles se sont montrées plus timides, ont souvent cédé leur tour. Espérons que dans les années à venir, cette humilité ne sera plus qu'un mauvais souvenir de temps révolus.